Les cantiques bretons pour la Semaine Sainte

Le Vendredi-Saint, c’est la colline du Golgotha, et au pied de la Croix se tient la Mère du Sauveur. La douleur de Marie a été une source d’inspiration pour la liturgie et donc pour la musique sacrée . L’œuvre la plus célèbre est le «Stabat Mater», l’hymne par excellence du Vendredi-Saint et de tous les Chemins de Croix, l’hymne que tout grand musicien voulait intégrer à l’une de ses œuvres. Le Stabat Mater nous fait communier à la douleur extrême de Marie devant le corps meurtri et sanglant de son fils :

 «Debout, la Mère douloureuse, serrait la Croix, la malheureuse, où son pauvre fils pendait». Cette Croix qu’exalte encore l’hymne «Crux fidelis inter omnes. Arbor una nobilis» (O Croix, signe de notre foi. Arbre noble entre tous). Et « l’Exultet » de la Veillée Pascale n’hésitera pas un instant à nous faire chanter « O felix culpa, quae talem ac tantum meruit habere redemptorem» (Heureuse faute qui nous a valu un tel Rédempteur ).

Les Bretons ont été très tôt saisis par la Tragédie du Golgotha . En témoigne tous nos si nombreux et magnifiques calvaires, véritables catéchismes de la vie du Christ, mais plus encore de sa Passion. On comprend qu’ils aient attirés l’attention iconoclaste de la soldatesque révolutionnaire, et que de nos jours leur présence sur l’espace républicain agace les dévots de la laïcité.

Nos ancêtres ayant ainsi «sanctifié» le dur granit breton, ils ne pouvaient aussi qu’exalter par le chant le Saint-Sauveur qui a donné ce nom à tant de chapelles et de villages, rappelant à chaque coin de nos champs, de nos landes et de nos bois le Saint Mystère de la Rédemption. Nous avons ainsi notre «Stabat Mater» breton qu’exprime si bien le cantique «Mari e-tal ar Groaz» ( Marie auprès de la Croix ), connu aussi par la première phrase, « Piou lavaro pebez glac’har. A c’houzañvas war ar C’halvar » (Qui dira quelle douleur souffrit sur le Calvaire. La plus tendre des Mères devant son Fils crucifié ).

Notre «Stabat Mater» breton, car c’est ainsi qu’il est qualifié dans tous les recueils de cantiques, a une particularité qui pourra surprendre : il est chanté sur le même air que le cantique vannetais de Noël, Jézuz Krouédur (Jésus- Enfant). Noël, Mystère de l’Incarnation et le Vendredi-Saint, Mystère de la Rédemption, ainsi par le même air, se trouvent liés. Rien qui soit en cela contradictoire, puisque le premier précède le second, qui ne serait pas sans le premier. D’ailleurs nous retrouvons le même souci d’unir les deux Mystères, celui du Berceau de la Crèche et celui de la Croix du Golgotha dans la «Cantilène à Notre-Dame» ( cantique de Pleudihen-sur-Rance ). Ce chant de Noël qui est de joie, comme pour toute naissance, surtout lorsqu’il s’agit de l’Enfant Divin, n’hésite pourtant pas à nous rappeler, comme par anticipation, qu’à la joie de Noël succédera la tristesse de la Passion. Le berceau préfigure déjà la Croix : «Notre-Dame est assise, Noa, Noa, Noa ( Noël ). Sur un tombeau d’argent ( le berceau de la Crèche qui va devenir la Croix) . Son cher fils la regarde. D’un air si tendre aimant. – Qu’avez-vous donc ma mère, qu’avez-vous à pleurer ? – Je pleure pour ces femmes, qui sont en peine d’enfants». Dans ce cantique c’est donc déjà la « Mère des Douleurs », le «Stabat Mater» qui est chanté, mais aussi la massacre des Saints Innocents. Nous retrouvons ce même rapprochement dans le tableau du peintre Raphaël «La Vierge à l’Enfant », connu encore sous l’appellation de «La Vierge à la chaise» (1514). La tendresse entre Marie et Jésus est comme « troublée » par le regard .de l’enfant. Il semble effrayé comme par le sentiment de sa future Passion. Mais ce temps n’est pas encore venu, et Marie serrant dans ses bras son fils, semble inviter par son regard les chrétiens à prier avec eux. Ce tableau rejoint tout ce qu’exprime la Cantilène de Noël.

Le répertoire des cantiques bretons comporte encore bien d’autres petits chef-d’œuvres par lesquels nous pouvons participer à la Passion du Christ, à la douleur de Marie.

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